Autonomie – De la Relation aux Règles de Vie

Autonomie

Autonomie : étymologie – Du grec autos : soi-même, et nomos : loi, règle.

Droit que les Romains avaient laissé à certaines villes grecques, de se gouverner par leurs propres lois.

L’autonomie désigne la capacité d’un objet, individu ou système à se gouverner soi-même, selon ses propres règles.Cependant, une proposition d’autonomie peut se construire à partir de l’éducation. La première forme d’autonomie consiste, pour un enfant, à devenir capable de reconsidérer les règles fixées par les milieux social et naturel. « Il ne faut pas agir et parler comme nous l’avons appris par l’héritage de l’obéissance. » Héraclite.

Au sens littéral, autonomie signifie le droit pour un État ou pour une personne de se régir d’après ses propres lois.


 

De la Relation aux Règles de Vie

 

Nous avons fait le choix d’accueillir dans cette école des étudiants de 3 à 19 ans, dont il nous incombe d’accompagner, de faciliter les capacités. Il nous revient de respecter nous-même chacune des règles de vie, tout autant que de les faire respecter, telles qu’elles ont été validées par l’ensemble des membres présents aux Cercles Ecole.

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Si fondamentalement nous partageons que, la raison d’être de cette « école » est :

  • d’accompagner l’autonomie de chacun(e)

  • de respecter le rythme de chacun(e)

  • de co-créer le choix des règles de vie nécessaires pour la réalisation, d’une telle invention

  • de considérer que la légitimité de l’autorité est exercée tout autant par un étudiant de 4 ans que par une facilitatrice de 70 ans

Alors, nous devons « co-élaborer » les conditions susceptibles d’en assurer l’évolution et la pérennisation !!

| Petite anecdote ! La plus jeune étudiante (4 ans) rappelle fortement au respect de certaines règles ceux qui ne les respectent pas. Peut-être parce qu’elle a besoin d’en vérifier la solidité ? Le respect absolu indispensable pour sa sécurité et son intégration dans le groupe ? Peut-être plus encore pour garantir, densifier sa confiance en chacun des étudiants & des facilitateurs avec lesquels elle partage son envol vers le monde, son élan de s’éloigner sans risque de la sécurité parentale, de l’environnement familial ? Peut-être – tout autant – afin de vérifier aussi que les membres de l’école lui reconnaissent le « pouvoir de faire respecter les règles choisies ?

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Il faut savoir que l’école a débuté en septembre 2016 sans autre chose de proposée qu’un Cercle École régulier et le Cercle de Paix, qui est un processus de gestion des conflits sur le mode de la justice restaurative.

Nous n’avons instauré que plus tard le Cercle de Gestion des Infractions (GDI), suite à une intense réflexion. Ainsi, tous les jours à 15h depuis la rentrée de Noël, un groupe constitué d’un facilitateur et de 2 à 3 étudiants (tous volontaires), auditionnent tous les membres ayant commis des infractions ; à l’issue d’une écoute attentive, d’un réel échange où chacun s’exprime pleinement, une solution « réparatrice » est proposée, convenue, et acceptée. Parfois selon la nature, la répétition de la transgression, une période de « mise en repos hors de l’école » sera souhaitée, mais cette décision envisagée par le GDI ne sera effective qu’après la validation par le Cercle École de cette suspension.

Nous pensons que le GDI est le moyen, la ressource pour permettre à chacun d’évoluer, de grandir, de construire son autonomie dans le respect, la confiance, la sécurité garantie, assurée par « les règles de vie » choisies.

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Voici où surgit le débat, la réflexion… !

→ Devons-nous exiger le respect des règles par un étudiant de 4 ans, de 6 ans, de 8 ans ?

→ Est-il capable de comprendre, de mesurer les conséquences, de gérer « la sanction » ??

→ Devons-nous avoir plus d’indulgence ?

J’assume la pleine responsabilité des propos que je souhaite partager. J’assume que c’est ma perception personnelle, subjective induite par mon expérience de « psy », de mère, de grand-mère, et renforcée par cette année de « facilitatrice » !

Il semblerait que de notre naissance jusqu’à ce que nous marchions, et commencions à parler, nous soyons dans une dépendance légitime, objective envers nos parents. A l’évidence… ! Il est vital pour ma survie que mes parents assurent mon entière sécurité et répondent à mes besoins vitaux.

Et, progressivement, simultanément au développement de mon autonomie motrice et verbale, il est précieux que l’assistance parentale s’efface, et que je fasse de plus en plus par moi-même, à mon rythme, à ma façon, ce que je suis capable de faire tout seul !

Peut-être pourrait-on dire que je quitte un mode instinctif, animal, pour développer mon comportement humain ?

Bien sûr commence pour moi la découverte des interdits ! Interdit parce que dangereux : le feu, l’eau de la piscine, etc. Interdit parce que ma vie en dépend. Mais aussi des interdits inhérents aux valeurs, aux principes, aux croyances de ma famille !

Et vers 3 – 5 ans je vais découvrir le monde au-delà de mon environnement familial : l’école. Là je vais devoir m’adapter à ce qui m’est étranger, inconnu : au lieu, aux autres enfants, aux adultes et, là encore, à de nouvelles exigences !

On peut dire qu’à cette étape de lui-même, l’enfant construit sa capacité de se socialiser, d’évoluer parmi les autres, avec les autres.

Dans cette aventure, je vais devoir apprendre à être un parmi les autres ! Pas plus, pas moins. Je vais apprendre à partager, attendre mon tour… Bref ! Il va falloir gérer une avalanche de frustrations : je ne suis plus le centre du monde. Je vais découvrir que le prix à payer pour être avec les autres, accepté par les autres, c’est de m’adapter aux autres, aux exigences de chaque situation nouvelle. Je vais m’inscrire, m’embarquer irréversiblement, inéluctablement dans cette immense diversité, dans l’imprévisibilité de la vie sociale. Je vais devoir amplifier mon inventivité d’adaptation en permanence !

J’arrête là : à chacun de nous d’évaluer l’ampleur de cette transition de la dépendance à l’autonomie.

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Mon expérience m’a appris combien dans la relation à un jeune enfant l’exigence, la fermeté, et la clarté allaient lui faciliter l’adaptation, l’acceptation de la frustration et l’ouverture à l’autonomie. Il semblerait que trop de flou, de tolérance, génère de l’angoisse.

Est-ce que en disant « non, cela ne peut pas être », je témoigne plus ou moins d’amour qu’en lui disant oui ? Est -ce qu’en lui disant « non, cela ne peut pas être » je sollicite, ce qui en lui peut réprimer la transgression, gérer la frustration ? Est-ce que en lui disant « non, cela ne peut pas être », je lui signifie ma confiance en sa capacité de trouver le moyen de ne plus transgresser ? Est-ce que je suis l’alliée de tout ce qui en lui est capable de surmonter la frustration en trouvant la force de s’adapter à l’interdit ?

Ou bien est-ce en lui accordant une latitude, une flexibilité, un délai, voire des excuses ? Ne suis-je pas en train de douter de lui – de douter de sa capacité de trouver la solution ? Ne suis-je pas l’alliée de ce qui, en lui, hésite, doute de son pouvoir à surmonter la frustration ? Ne suis-je pas « complice » de son hésitation de son doute ? De son pouvoir à grandir, s’humaniser, se socialiser ? Est-ce qu’en étant gentille, je n’entretiens pas sa dépendance à mon indulgence, à ma personne ?

Il semblerait que de 3 à 6, de 8 à 10 ans il faille impérativement baliser avec clarté, fermeté, l’acceptation des règles, des interdits, des lois naturelles, et, surtout dans le cadre de notre école, les règles de vie choisies par chacun pour Tous.

Personnellement, je choisis de dire (surtout à un jeune enfant) : « non, cela ne peut pas être ! » : la Fermeté n’est pas incompatible avec la Bienveillance.

| Une petite confidence : Depuis que j’existe et que je tente de m’humaniser, il semblerait que chaque fois que je me suis heurtée aux lois diverses et variées, chaque fois que j’ai conscientisé mes limites, alors ma créativité, ma modeste inventivité s’est amplifiée, développée ! Pour le dire autrement : au plus j’accepte les lois et je trouve en moi les moyens de les intégrer, au plus se développe ma conscience de mon interdépendance, et au plus s’élabore mon autonomie ! Et la crainte, la peur, l’inertie de dépendance s’atténuent !


article – Roberte  /  photos – France-Elsa de l’École Démocratique de Paris

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2 commentaires sur “Autonomie – De la Relation aux Règles de Vie

  1. Merci pour ces mots si clairs et éclairant Roberte ! Je les partage à 100%.

    Je m’interroge encore néanmoins sur la difficulté souvent de concilier l’autonomie donnée à l’enfant et donc le choix de le laisser être à son rythme, faire à sa façon et la fermeté de dire non eu égard aux besoins de situation.

    Le besoin d’adaptation s’avère également vrai pour le parent qui doit dépasser lui aussi les règles imposées par son éducation et la société pour trouver son équilibre.

    Nous créons souvent, beaucoup de dépendance par ignorance malgré nos intentions déclarées.

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    1. Isabelle,
      Merci de ton « Partage »!
      Tout comme toi! j’ai conscience de la difficulté , en tant que parent, de « s’autoriser! » à dépasser, les règles de notre environnement familial et sociétal !! Roberte

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